Une hausse progressive mais tenace s'installe à la pompe en France. Entre tensions géopolitiques, fiscalité lourde et marges de distribution, les automobilistes font les frais d'une tempête énergétique dont la fin reste incertaine.

Le détonateur : la guerre au Moyen-Orient
Tout s'est accéléré début mars 2026. Entre le 1er et le 3 mars, le sans-plomb 95 est passé de 1,772 €/l à 1,813 €/l, et le gazole de 1,722 €/l à 1,805 €/l — une inflation directement liée au conflit au Moyen-Orient, à l'origine du blocage iranien du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole.
Ce passage stratégique, désormais sous tension, a provoqué une envolée immédiate du baril de Brent. De 70,91 dollars le 26 février, le baril a atteint 82,58 dollars le 4 mars, soit une progression de près de 16,5 % en six jours. L'Argus Et les experts ne sont guère optimistes pour la suite : si l'instabilité régionale venait à perdurer, les analystes n'excluent pas un retour du baril autour des 100 dollars, voire 130 dollars pour les plus pessimistes — seuil synonyme d'un litre d'essence ou de gazole au-delà des 2 euros.
Une transmission quasi mécanique à la pompe
Le lien entre cours du pétrole et prix à la pompe est bien documenté. Le pétrole brut constitue entre 55 % et 70 % du prix final du carburant. Le reste se compose des coûts de raffinage, de distribution, des marges commerciales et des taxes.
Les automobilistes ressentent généralement l'effet d'une hausse du pétrole avec un décalage de quelques jours à quelques semaines seulement. Et la tendance actuelle ne laisse guère de doute : si les tensions géopolitiques devaient se prolonger et maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé, une hausse visible des prix du carburant en Europe deviendrait presque inévitable.
Une fiscalité qui aggrave l'asymétrie des prix
Au-delà du cours du brut, la structure fiscale française pèse lourd. Lorsque le pétrole augmente, le prix grimpe naturellement. Mais lorsqu'il baisse, la part fiscale reste identique, ce qui empêche une réelle détente des prix pour les consommateurs.
Résultat : le carburant monte vite, mais redescend lentement — et rarement au même niveau qu'avant.
À cela s'ajoute, depuis janvier 2026, une hausse de 4 à 6 centimes par litre liée au nouveau régime des certificats d'économie d'énergie (CEE) auxquels sont soumis les énergéticiens.
Les distributeurs sous pression
Face à la flambée, le gouvernement a convoqué les grands distributeurs. Le PDG de Leclerc a annoncé une baisse d'environ 30 centimes par litre, tandis que Total Énergies a plafonné le prix de l'essence à 1,99 €/l et celui du diesel à 2,09 €/l jusqu'à fin mars.
Mais ces gestes ponctuels suffisent-ils ? Tant que les incertitudes géopolitiques persisteront, il est probable que les automobilistes devront continuer à faire face à des tarifs à la pompe en constante augmentation.
Des professionnels au bord du gouffre
La hausse ne touche pas que les particuliers. Dans le secteur de la pêche, le prix du gasoil marin a bondi, passant de 62 à 99 centimes le litre — une hausse que les armateurs ne peuvent pas répercuter sur le prix du poisson vendu aux enchères.
Routiers, agriculteurs, artisans… tous les secteurs dépendants du carburant subissent de plein fouet cette onde de choc.
Que faut-il attendre dans les prochaines semaines ?
La réponse dépend en grande partie de l'évolution du conflit au Moyen-Orient. Si les tensions se calment rapidement, les prix pourraient se stabiliser. En revanche, une perturbation durable des flux pétroliers pourrait maintenir les prix de l'énergie à un niveau élevé pendant plusieurs mois.
En attendant, les automobilistes sont invités à la prudence et à comparer les prix près de chez eux grâce aux applications dédiées — et surtout, à ne pas se ruer aux stations pour éviter d'aggraver une situation déjà fragile.